Identification de composantes pédagogiques déterminantes dans la réussite des étudiants lors d’un enseignement hybride



 

Porteur de projet : Marie-Christine TOCZEK-CAPELLE et Mickaël JURY

Equipe projet : Benjamin LE HENAFF

Laboratoire : ACTé

Résumé :

Les enseignements hybrides, qui sont au cœur des pratiques actuelles, renvoient à la coordination entre des éléments présentiels synchrones (par ex., cours magistraux, travaux dirigés, travaux pratiques) et des éléments distanciels asynchrones (par ex., quizz, logiciels de simulation). L’objectif principal de ce projet est d’étudier l’efficacité de différents outils et pratiques pédagogiques utilisés précisément dans ce cadre. La finalité de cette recherche est ainsi d’améliorer les apprentissages et la réussite des étudiant·es. Plus précisément, nous souhaitons faciliter la mise en place de recommandations d’usage optimal de ces outils et pratiques dans la formation des étudiant·es de notre site universitaire.

À l’heure actuelle, ce projet comporte trois axes de recherche complémentaires investiguant cette question.

Outils de quizz et anonymat

Collaborations : UFR Chimie, Faculté de Médecine

Les outils de vote (par ex., boitiers, WooClap) ont rapidement et très largement été adoptés pour réaliser des enseignements universitaires hybrides (par ex., Hunsu et al., 2016). En effet, ils sont une opportunité pour l’agir évaluatif, permettant, d’une part, aux enseignant·es d’évaluer tant la clarté de leurs cours que les étudiant·es, et, d’autres part, à ces derniers de pratiquer une auto-évaluation formative (par ex.,Roediger & Karpicke, 2006). Pour maximiser leur usage par les étudiant·es, ces outils sont souvent associés à un anonymat des étudiant·es (voir Wood & Shirazi, 2020 pour une méta-analyse). Cependant, l’anonymat peut avoir des conséquences changeantes, tantôt négatives (par ex., la paresse sociale, Karau & Williams, 1993 ; Szymanski et al., 2000 ; Lount & Wilk, 2014), tantôt positives (par ex., sur l’anxiété sociale, Maczewski, 2002). Ce premier axe de recherche a donc pour objectif d’apporter un nouvel éclairage sur l’effet de l’anonymat dans le cadre de l’utilisation de ces outils afin d’apporter des recommandations dans leurs usages.

Cet axe de recherche a pour l’instant donné lieu à une présentation lors d’un colloque international :

Le Hénaff, B., Toczek, M.-C., & Jury, M. (Mars 2021). Le rôle de l'anonymat dans les enseignements hybrides universitaires : outils de vote et paresse sociale. 33eme Colloque International de l’Association pour le Développement des Méthodologies d’Évaluation en Éducation (ADMEE), 30/03-01/04/2021, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, France (Communication orale).
 

L’enseignement hybride dans la préparation à l’enseignement de la physique : l’influence de l’anonymat sur la créativité pédagogique

Collaborations : INSPÉ

La littérature scientifique a montré un effet positif de la créativité sur les apprentissages (voir Gajda et al., 2016), en particulier en lien avec l’apprentissage des sciences physiques (Hamdallah et al., 2014). En effet, il semblerait que la créativité facilite la compréhension des contenus pédagogiques liés aux sciences physiques, dans la mesure où elle faciliterait la représentation de phénomènes concrets. Différents facteurs sociocognitifs connus pour affecter la pensée créative (par ex., l’influence sociale, Paulus & Dzindolet, 1993 ; Paulus et al., 1996 ; la comparaison sociale, Larey & Paulus, 1995 ; Michinov et al., 2015) ont en commun d’être affectés par la visibilité sociale, donc le fait d’être anonyme ou non. En effet, ne pas être identifiable va amener les individus à être moins sensibles à l’influence sociale (e.g., Douglas & McGarty, 2001 ; Reicher & Levine, 1994 ; Reicher et al., 1998) ou à redouter d’être jugé pour leurs propos ou actions (e.g.,Ellison et al., 1995 ; Guitton, 2013 ; Kroher & Wolbring, 2015). En se basant sur ces éléments théoriques et empiriques, ce second axe de recherche a pour objectif d’étudier l’effet que l’anonymat pourrait avoir sur la créativité en contexte pédagogique, et si la créativité affecterait à son tour la production de contenus pédagogiques pertinents de la part de futur·es enseignant·es, le tout dans un contexte d’enseignement à distance( ?).

Les résultats de cette étude sont en cours d’analyse.

Le travail en groupe des étudiant·es : le rôle de la mémoire transactive et de l’identité sociale

Collaborations : UFR Lettres, Culture et Sciences Humaines, Laboratoire de  Recherche  sur  le  Langage (LRL), sous convention de mise à disposition de données issues de dispositifs innovants entre LRL et ACTé

Le travail étudiant est riche en modalités : écoute et prise de notes, lectures et travail personnel, devoirs et dossiers, mais aussi travail collaboratif. En effet, il n’est pas rare pour les étudiant·es de devoir réaliser des tâches en groupe, parfois ponctuellement dans le cadre d’une séance TD, mais aussi sur des projets de plus longue haleine se déroulant sur tout un semestre. e travail en groupe implique l’instauration d’une mémoire transactive (Wegner, el al., 1991), à savoir une conscience collective quant à la distribution des domaines d’expertises, résultant d’une connaissance de « qui sait quoi dans le groupe », partagée et possédée par l’ensemble des membres de ce groupe (Brandon & Hollingshead, 2004). Elle est connue pour améliorer les performances groupales (Liang, Moreland, & Argote, 1995; Moreland, Argote, & Krishnan, 1996). En parallèle, le travail en groupe implique également l’émergence d’une identité sociale (Tajfel, 1978; Tajfel & Turner, 1986), à savoir le fait de ne plus s’identifier comme un individu propre mais comme membre d’un groupe. Elle est connue pour augmenter la motivation des membres des groupes (Le Hénaff et al., 2015 ; Worchel et al., 1998). Cependant, la mémoire transactive et l’identité sociale reposent sur des mécanismes différents : en effet, la mémoire transactive va encourager le fait de développer des caractéristiques propres à chaque membre, tandis que l’identité sociale repose sur la similarité des membres du groupe. Par conséquent, ces deux mécanismes semblent s’opposer l’un à l’autre, et leur relation est encore aujourd’hui peu connue. L’objectif de ce projet est donc d’examiner leur relation plus en détails, et plus exactement ses répercussions sur les performances et apprentissages des groupes de travail dans un contexte, là également, d’enseignement hybride.

Cet axe de recherche a pour l’instant donné lieu à une présentation lors d’un colloque international :

Le Hénaff, B., Toczek, M.-C., Jury, M., & Blanchard, C. (Avril 2021). Le travail collaboratif à distance : le rôle de la mémoire transactive et de l’identité sociale. 8eme Colloque International en éducation : enjeux actuels et futurs de la formation et de la profession enseignante (CRIFPE), 29-30/04/2021, Montréal, Québec, Canada (Communication orale).

En sus de ces axes de recherche, le projet collabore activement avec la thèse de Margault Sacré (ACTé), intitulée « Evaluation des effets de la transformation pédagogique et numérique des enseignements à l'Université Clermont Auvergne. » (financement Learn’in Auvergne). Dans ce cadre, deux publications sont actuellement en cours de soumission, et un symposium a été organisé dans le cadre d’un colloque international.

Sacré, M., Le Hénaff, B., Toczek, M.-C., & Lafontaine, D. (En révision). La motivation des étudiant·es en soins infirmiers. L’Orientation scolaire et professionnelle.

Sacré, M., Le Hénaff, B., Lafontaine, D., Policard, F., Serres, G., Paulet, C., Petit, S., Neuville, E., & Toczek, M.-C. (Soumis). Tensions entre présence et distance en éducation : comprendre la complexité.

Le Hénaff, B. & Sacré, M. (Mars 2021). Comment concevoir l’enseignement distanciel dans les formations hybrides pour permettre aux étudiants de développer leurs compétences ? 8eme Colloque International en éducation : enjeux actuels et futurs de la formation et de la profession enseignante (CRIFPE), 29-30/04/2021, Montréal, Québec, Canada (Symposium).