Portrait de chercheur : Aurélien Pommier, développer l'imagerie moléculaire de demain pour la médecine régénérative

 
 

Lauréat de l’Appel à Projets Postdoctoraux du CIR3, Aurélien Pommier développe au sein du laboratoire Imagerie Moléculaire et Stratégies Théranostiques (IMoST) un programme consacré à la conception de radiotraceurs ciblant des protéines d’intérêt.
Son approche associe un volet diagnostique - visualiser précocement la régénération osseuse et disposer de nouveaux biomarqueurs d’imagerie - et un volet thérapeutique en oncologie, avec le développement d’approches de radiothérapie interne vectorisée pour l’ostéosarcome et le chondrosarcome.
À l’interface entre biologie, intelligence artificielle, imagerie et médecine nucléaire, ce continuum illustre une démarche théranostique, du repérage d’un signal biologique au développement de biomarqueurs et de thérapies ciblées.

Un retour à Clermont-Ferrand pour développer un projet innovant

Après plusieurs expériences dans le domaine pharmaceutique, notamment au sein des laboratoires AstraZeneca et Pierre Fabre, Aurélien Pommier revient vers la recherche académique à l’Université de Genève dans le domaine de l’immunopharmacologie du cancer. Souhaitant poursuivre le développement de ses propres programmes scientifiques et gagner en autonomie, il découvre l’Appel à Projets Postdoctoraux du CIR3 sur LinkedIn qui représente une occasion unique de lancer un nouveau programme scientifique et de développer son autonomie en tant que chercheur en revenant à Clermont-Ferrand.
« Le CIR3 a représenté un soutien déterminant pour lancer un projet scientifique entièrement nouveau. »
Au-delà du montant alloué, il souligne également la souplesse du dispositif, qui lui a permis d'adapter la répartition des moyens entre ressources humaines et fonctionnement en fonction de l'évolution du projet.

Développer des radiotraceurs, du diagnostic à la thérapie

    
Dans le cadre du projet CIR3, les travaux d’Aurélien Pommier portent sur le développement de radiotraceurs capables de reconnaître des protéines cibles impliquées dans les pathologies musculo-squelettiques. Ces vecteurs sont conçus pour transformer un signal biologique en information exploitable par imagerie nucléaire et, lorsque cela est pertinent, en levier thérapeutique.

Un premier champ d’application concerne la régénération osseuse. De nombreuses approches thérapeutiques cherchent aujourd’hui à la stimuler après un traumatisme, une intervention chirurgicale ou dans certaines pathologies chroniques. Les outils capables de déterminer rapidement si ces traitements fonctionnent restent toutefois limités.

L’imagerie conventionnelle renseigne surtout sur des modifications structurales déjà installées, tandis que les biomarqueurs disponibles apparaissent souvent relativement tard au cours de la réparation. Il manque donc un indicateur précoce, spécifique et non invasif de l’activité biologique qui précède la formation osseuse.
« Les biomarqueurs utilisés à ce jour ne permettent pas encore d’évaluer assez tôt et avec suffisamment de précision l’efficacité d’une stratégie de régénération osseuse.»

Dans ce volet diagnostique, le projet consiste à identifier des protéines cibles associées aux étapes précoces de la régénération osseuse, puis à développer des radiotraceurs spécifiques capables de les visualiser. Le signal obtenu pourrait constituer un biomarqueur d’imagerie pour suivre la réponse au traitement avant que les changements ne soient visibles par les méthodes conventionnelles.
L’enjeu est à la fois clinique et méthodologique : mieux orienter la prise en charge de chaque patient, mais aussi accélérer l’évaluation des candidats médicaments et des biomatériaux destinés à favoriser la reconstruction osseuse.

Le second axe transpose cette logique de ciblage vers l’oncologie. Des vecteurs capables de reconnaître sélectivement des protéines exprimées par les tumeurs osseuses peuvent être associés non seulement à des radionucléides d’imagerie, mais aussi à des radionucléides thérapeutiques. L’objectif est d’explorer des approches de radiothérapie interne vectorisée pour l’ostéosarcome et le chondrosarcome, en délivrant l’irradiation au plus près des cellules tumorales tout en limitant autant que possible l’exposition des tissus sains.
Cette articulation entre imagerie et traitement s’inscrit dans une stratégie théranostique : un même principe de ciblage peut servir à caractériser la maladie, à sélectionner les situations les plus pertinentes pour le traitement, puis à acheminer une charge radioactive thérapeutique vers la cible tumorale.

Des protéines cibles à la preuve de concept

Le programme repose sur plusieurs approches complémentaires, depuis la découverte des cibles jusqu’à l’évaluation préclinique des radiotraceurs.
Les premières étapes ont consisté à exploiter des analyses bioinformatiques pour identifier des protéines d’intérêt, puis à développer des vecteurs de ciblage (anticorps) susceptibles de servir de base aux futurs radiotraceurs.
L’intelligence artificielle est également mobilisée pour prédire et optimiser les séquences moléculaires les plus prometteuses, afin d’améliorer la reconnaissance des protéines cibles et les propriétés des vecteurs développés par l’équipe.
En parallèle, des systèmes de criblage et différents modèles expérimentaux permettent de comparer les candidats, d’évaluer leur spécificité et de sélectionner ceux qui pourront progresser vers une validation préclinique.

Les prochaines étapes viseront à établir les preuves de concept sur les deux volets du programme : l’intérêt diagnostique des radiotraceurs pour la régénération osseuse et leur potentiel thérapeutique dans les tumeurs osseuses. Il s’agira également de protéger la propriété intellectuelle, notamment par le dépôt de brevets, puis de préparer le passage vers la recherche translationnelle.

« Prochaine étape : démontrer le potentiel diagnostique et thérapeutique de nos vecteurs, puis protéger l’innovation.»


Abstract du Projet :


Le soutien du CIR3, fondement du projet

Pour Aurélien Pommier, le financement du CIR3 n'a pas seulement accéléré le projet : il en a constitué le véritable point de départ.
À son arrivée à Clermont-Ferrand, aucun résultat préliminaire n'était disponible et l'ensemble du programme scientifique restait à construire.
Grâce au soutien du CIR3 et au soutien de l’UMR1240 IMoST, il a pu recruter recruter Mme Céline Béchon, assistante ingénieure, ainsi que la bioinformaticienne Léa Rogue, première autrice de la publication ayant permis d’identifier des protéines cibles d’intérêt (PMC13356665 ). Le financement a également permis de développer les modèles d’intelligence artificielle, de réaliser le criblage des vecteurs.
«Nous sommes partis de zéro. Le CIR3 a permis d’établir les fondations du projet.»

Un tremplin vers l'autonomie scientifique

Au-delà du projet lui-même, ce financement représente une étape importante dans le parcours du chercheur.
Il lui a permis d'acquérir une véritable autonomie scientifique en devenant responsable de son propre programme de recherche et en définissant lui-même les orientations stratégiques de son équipe.
« Ce financement m’a permis de devenir pleinement responsable scientifique du projet. C’est une première étape vers la constitution de ma propre équipe.»

À plus long terme, Aurélien Pommier souhaite élargir ce programme à de nouveaux radiotraceurs et à d’autres biomarqueurs, consolider son équipe et structurer une approche allant de la découverte de protéines cibles à leurs applications diagnostiques et thérapeutiques. Son ambition est de faire progresser ces innovations jusqu’à la clinique, au bénéfice des patients atteints de défauts de régénération osseuse ou de cancers osseux.
« Mon ambition est que ces recherches puissent, un jour, trouver une application clinique et bénéficier directement aux patients.»

Un message aux futurs candidats

À celles et ceux qui souhaiteraient candidater au prochain Appel à Projets Postdoctoraux du CIR3, Aurélien Pommier adresse un message encourageant :
« Il ne faut pas hésiter à candidater. Clermont-Ferrand offre un environnement propice, avec un soutien solide et d’excellentes collaborations locales. Ce type de financement donne les moyens de faire émerger des projets originaux.»

Pour résumer ce que le soutien du CIR3 lui a apporté, il choisit une image particulièrement parlante :
« Pour moi, le CIR3 a été une rampe de lancement pour développer un programme innovant, de l’imagerie de la régénération osseuse à de nouvelles approches ciblées contre les tumeurs osseuses.»